Il y a des lieux où on se croirait dans une carte postale. Alors je vous envoie ma carte postale d’hier : les cascades du Río Blanco, à côté d’Hornopirén (clic droit : “afficher l’image” pour l’agrandir).
Ca se passe de commentaires, non ?
La petit maison (inhabitée) dans la prairie
Allez, aujourd’hui j’ai un peu de temps et de motivation pour vous parler de l’envers du décor.
Les zones habitées au Chili se caractérisent par le fait qu’elles sont privées. Partout. Les berges de rivière, les forêts, l’eau des rivières elle-même paraît-il : privés.
C’est le résultat de la sanglante dictature militaire qui a imposé en 1973 l’ultralibéralisme dans sa plus pure forme : les connaisseurs parlent de l’école de Chicago (ironie, de voir les mots “dictature” et “libéralisme” dans la même phrase ?). Dire qu’en 1970 le socialisme était arrivé au pouvoir par les urnes : je pense ne pas être le seul à me demander à quoi aurait pu ressembler cet autre Chili sans coup d’état. Je n’ai pas encore passé assez de temps avec des chiliens pour parler de cette histoire, ce n’est pas un sujet de bavardages légers. Toujours est-il que la situation sociale explosive découle du fait que les règles du jeu n’ont pas changé et que le pays est un des plus inégalitaire au monde. Vous avez sûrement entendu parler de la théorie du ruissellement, qui voudrait faire couler l’argent à flots sur les “premiers de cordée” pour que les pauvres en dessous reçoivent des gouttes ? J’attends de voir un de ces innombrables vendeurs des feux rouges de Santiago intervenir dans un master d’éco pour nous l’expliquer.
Pour revenir à nos moutons, la plupart des accès à de beaux sites sont privés et fermés, ou plus souvent accessibles en payant. Le Río Blanco ne fait pas exception, le propriétaire demande 2000$CL (~2,50 €) pour passer à pied la barrière qui en ferme l’accès.
C'est aussi ça, le Río Blanco
Et si on fait coïncider cela avec un fil barbelé a un prix très compétitif, on obtient de toutes parts des clôtures de barbelés. C’est pour moi un aspect marquant du paysage chilien, le barbelé partout, en campagne comme en zones résidentielles.
Quand un lieu est habité, c'est toujours aussi beau mais c'est barbelé
Du reste, les propriétaires du lieu sont agréables, ouverts à la discussion et t’expliquent encore un autre envers du décor : l’hiver dans cette vallée froide et très encaissée, le Soleil n’apparait quasi-pas pendant 2 mois, coincé qu’il est derrière les montagnes. Un petit air de Livet dans l’Isère ? Brrrr, puissé-je remonter dans le nord sans voir cela !
Pour l’instant, j’attends de voir si l’entreprise de raft locale a des clients aujourd’hui pour les accompagner en kayak sur le Río Blanco, comme je leur ai demandé. C’est un chilien qui me l’a dit lui-même hier, dans la version espagnole : qui ne demande rien n’a rien !
En terminant d’écrire, je reviens au centre et tombe sur une manif contre plusieurs projets de barrages. Je pourrais me vanter d’être en plein dans l’actualité, malheureusement ce n’est pas de l’actualité : juste la situation qui perdure.
Le drapeau des Mapuches, combattifs depuis le temps des Incas