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Du kayak en 3D
Un billet qui risque d’intéresser principalement les kayakistes : mais attention, il peut spoiler votre première descente du Futaleufú. Enfin, mieux vaut être averti.
Ca y est, mission accomplie ! J’ai enfin trouvé les kayakistes, le véhicule, le kayak et la pagaie ! Je ne repartirai pas bredouille d’ici !
C’est donc par une journée de pluie diluvienne que je rencontre 2 puis bientôt 4 argentins qui se préparent à descendre la classique du Futaleufú, dite “puente-puente”. L’un d’eux découvre aussi la rivière aujourd’hui, ça tombe bien, il n’y a pas que moi à qui il faudra montrer les lignes.
Revient au camping une équipe internationale avec notamment Tom, le champion de freestyle français qu’on avait déjà croisé sur le Fuy. Comme l’avait pointé un très bon article de Gorge Boisée (d’ailleurs écrit par un kayakiste de retour du Chili), dans notre petit monde, même les meilleurs mondiaux dorment dans des tentes qui fuient. Eux, reviennent pour constater que la pluie et le vent déchaîné ont eu raison de toutes leurs affaires sèches, duvet compris… Pas très chauds pour renaviguer donc. Stephen est donc OK pour me prêter son matériel contre quelques bières, yeeeeeah !
C’est donc parti pour descendre un mythe. Et pourquoi un mythe ? La réponse ne se fait pas attendre. “Entrada” le 1er rapide, qui vu du raft m’avait paru facile, montre sa vraie dimension quand on est assis au niveau de l’eau. On m’a prêté un Cross, bateau trop volumineux pour mon gabarit habituellement, mais là… Il ne faudrait pas plus petit ! Je m’accroche à la pagaie et je suis de loin la ligne de Pato et Matias de manière aussi appliquée que possible. Le rapide me paraît très long, quand respire t’on ?
Peu après, je manque de me faire manger par une “petite” vague diagonale que j’utilisais tranquillement pour traverser le courant : le ton est donné, ici on ne se laisse pas juste glisser. Même leçon dans une zone de cisaillement marmiteuse où le bateau part pour un tour de manège et manque de passer sous l’eau : je sors les bras et m’extirpe de là au plus vite.
Bon, et là, arrive ce qui doit arriver : “Mundaca”, LE rapide de la section. Les autres sont loin devant, moment de solitude… Le côté positif c’est que j’ai le temps de voir leur ligne et leurs bateaux qui montent et descendent de manière plus ou moins douce. Plus de peur que de mal, la ligne de gauche et la vitesse que j’ai mis tout mon coeur à donner au bateau nous tireront de là sans embûche. Ouf, on s’arrête un peu et je respire. Les rapides qui nous restent seront plus simples désormais. Mais non, vraiment, je n’ai jamais vu de rivière comme ça. Même le Trancura, qui m’avait fait une très forte impression, me semble moins volumineux. Ici, le bateau me semble se faire happer à la moindre incartade. Sans doute l’effet découverte : après quelques descentes, on doit prendre confiance. Le cadre mettait l’ambiance aussi : montagnes verticales engluées dans les nuages et dévalées par de multiples torrents et cascades gonflés par la pluie.
Et puis, c’était sans doute moins périlleux que le voyage retour dans une Renault 12, plus âgée que moi dont le conducteur admet qu’elle ne freine plus. Mais j’avais gardé casque et gilet.
Une excellente découverte qui va me valoir de payer des bières de remerciement, et un objectif rempli : je pourrai bientôt quitter le coin satisfait de cette expérience hors-norme.
En attendant, j’essaie de sécher mes affaires et… Ouf, mon duvet est sec !
PS : Depuis le billet “la route du sud”, je suis dans le nord de la Patagonie chilienne, appelée “Patagonie verte”. L’adjectif “vert” est un indice climatique important.