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Argentine express
Oye, c’est l’équinoxe de… d’automne ici. Il est temps que je revienne quelques jours en arrière : sortis du parc Tantauco avec Fran, on projette d’aller en Argentine. Première étape, Puerto Montt : la ville sur le chemin où Fran a des collègues et très bonnes amies chez qui on peut déposer quelques affaires (tout mon nécessaire de kayak qui pèse !) et laisser passer la pluie au chaud.
Puerto Montt et San Martin de Los Andes en pourpre. En vert au nord de Chiloé, c'était mon volontariat chez Tim
panaméricaine. La route 5 se termine en fait au sud de l’île de Chiloé, après une traversée obligatoire en barge. Un pont entre Chiloé et le continent est en construction mais il suscite une opposition de la part de certains insulaires.
Puerto Montt, c’est une ville que personne ne recommande. Comme tous les ports peut-être ? Fondée vers 1850 par des colons allemands, sa position au fond du golfe qui marque le début de la Patagonie chilienne en fait un port majeur. Aujourd’hui, c’est par ici que passe toute l’énorme industrie du saumon. Le Chili serait le second producteur mondial de saumon, et il se dit que les camions de saumon en direction du Brésil sont un must pour les stoppeurs qui traversent l’Argentine. La pisciculture, entre les mains d’une poignée de riches familles, est aussi un problème environnemental qui préoccupe les pêcheurs. Ici, le terminal de bus et la costanera pâtissent d’une réputation d’endroits dangereux, la ville est ostentatoirement riche et moderne : il suffit de voir le mall de bord de mer et les tours en construction. Un endroit plus pour travailler que pour vivre.
Mais chez Vale, l’amie de Fran, c’est une autre ambiance. Dans une grande, vieille et grinçante maison en bois d’un quartier peu agité, c’est rires, musiques, ateliers divers et un rythme bien relâché. Tellement relâché et accueillant que notre étape d’un jour pour laisser passer la pluie se transforme en 2 jours. C’est les vacances, après tout. Les filles vont participer à une manif féministe, on va se balader sur la charmante île Tenglo, qui ne demande qu’une traversée de 10 minutes en barque depuis la costanera.
Ici, il y a de la musique et de la danse
Et des jongleurs impressionnants dans le quartier
Arrivée à Tenglo
Sur l'île, à seulement quelques centaines de mètres de la ville, le calme
On a même trouvé les glaces Pudú, les meilleures du Chili ! Voire du continent
Allez, c’est parti, le 14 on se lance en bus et en stop vers l’Argentine : San Martin de Los Andes, au pied de la Cordillère, où nous trouvons un hôte Couchsurfing fort sympa, puis sans doute Bariloche, très touristique mais si belle parait-il. Et puis Wattta et Denise, les copains jongleurs de Terre de Feu, devraient aussi se trouver à Bariloche !
Le volcan Osorno et sa forme parfaite : ça faisait longtemps
Lago Espejo, près de la frontière. J'exagère quand je dis que c'est superbe ?
Le lendemain lundi, au réveil, c’est la douche froide on apprend que Piñera, le président chilien, veut fermer l’entrée au Chili mercredi ! Au terminal de bus, plus aucune compagnie n’assure la traversée de la frontière. On profite que notre hôte descende en voiture à Bariloche pour lui demander de nous déposer à la douane argentine, proche de sa route.
L’ambiance est tendue pour nous : c’est un peu la maison qui rend fou ce passage de frontière. Il est 17h30, la douane ferme à 18h. Une fois passée la douane Argentine, il nous faudra rapidement arriver 40 km plus loin et passer la douane chilienne : il est interdit de se maintenir dans la zone tampon une nuit. Mais… l’Argentine a fermé l’entrée aux étrangers aujourd’hui même ! Donc pas de retour arrière non plus. Le garde barrière d’entrée fait un appel pour savoir comment ça de passe si on n’a pas de succès avec le stop… Bon, apparemment ils nous annuleront notre sortie pour qu’on campe en Argentine et qu’on retente demain. Malgré tout je n’ai guère envie de recourir à cette option qui me parait bien tordue. Allez, en avant, de toutes façons on est là pour tenter notre chance. Et jusqu’ici, on en a eu plein, de chance.
Et en effet il suffisait d’y croire : la bonne étoile apparait sous la forme d’une garde-barrière super sympathique, même blagueuse, à la sortie de la douane. A tous les conducteurs qui sont passés, elle a demandé qu’ils nous amènent s’ils le pouvaient. Et c’est finalement un couple de chiliens malchanceux, refoulés par la fermeture de frontière, qui nous amène. La douane chilienne a vu pousser des formulaires de santé et des distributeurs d’alcool-gel. Et j’obtiens, de justesse, mon nouveau Graal : 3 mois de visa touristique au Chili.
Faire du stop au bord du Río Golgol. Ca nous a réussi
Une journée : voilà pour notre plus court séjour à l’étranger !
Le retour passe par… Puerto Montt, chez Vale. En fait, c’est plus qu’un passage : je cherche sans succès des volontariats pour laisser passer le confinement que tout le monde voit venir. J’ai trop tardé, ça s’est joué à rien mais je n’irai pas chez Mario, le super-sympathique propriétaire du café au bord du Río Maichin qu’on avait rencontré en Janvier après une descente en kayak. Pas cette fois du moins, mais je mettrai probablement un peu d’énergie à le concrétiser plus tard. Alors on devient des invités longue durée chez Vale.
Fran m’invite chez elle, à Ayacara : un village de 600 habitants sur une péninsule de la Patagonie verte qui… en fait est comme une île puisqu’elle compte une seule route d’une trentaine de kilomètres sans lien avec le continent. Ce sera clairement la meilleure option pour passer la période qui nous attend, en pouvant sortir plus librement, profiter de la campagne et donner des coups de mains aux voisins qui font des constructions. Mais… pas possible d’y aller avant mercredi alors on verra si le confinement ne nous tombe pas dessus avant. Pour l’instant, le gouvernement s’y oppose. De l’autre côté de la frontière, les jongleurs se sont fait attraper par la quarantaine à El Bolson, avant même d’atteindre Bariloche. Ils sont quand même avec des gens sympa et pratiquent le temazcal. Circulation interdite aussi à San Martin de Los Andes depuis hier, peut-être dans le reste du pays aussi, je ne sais pas.
Ayacara, en vert au sud. Insulaire sans être une île !
Et puis si jamais on doit rester bloqués à Puerto Montt peu importe, on est en bonne compagnie à 5 dans cette auberge espagnole. La maison est assez grande pour faire plein de choses, de la cuisine à des séances de gym ou de méditation, mais aussi assez grande pour ne pas se marcher dessus. Il y a encore des personnes courageuses et inspirées dans la ville. Manquera juste, sans doute, un jardin. Enfin, on trouvera des idées, peut-être même qu’on continuera à faire des lives Instagram stupides. Oui, la sensation d’enfermement collectif fait monter la créativité : nous avons fait une table ronde semi-parodique diffusée sur un réseau non-durable. J’étais l’expert international en rien du tout.
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J'apprends à faire du pain
On finira peut-être gros et alcooliques, mais sains d'esprit
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