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Réseaux d'hospitalité
Alors que l’entreprise Couchsurfing vient d’enterrer un peu plus le réseau du même nom, j’avais envie de parler de réseaux d’hospitalité en général. Pour deux raisons : premièrement, ils sont l’élément central de ma façon de voyager. Deuxièmement, ils sont une façon exceptionnelle de voyager en restant chez soi et de créer du lien. De la positive attitude en veux-tu en voilà, quoi.
Par réseau d’hospitalité j’entends ici une forme de réseau social où des individus proposent à des voyageurs de passer chez eux pour quelques jours, leur offrant ainsi le gîte sans contrepartie. Je ne parle pas ici du Wwoof qui implique un travail.
Ce concept me semble né avec Servas Open Doors, en 1949. Sans être un expert de cette organisation je me souviens que l’idée, au sortir de la seconde guerre mondiale, c’est que si les peuples avaient un peu plus de lien et de connaissance de leurs voisins, ils seraient moins enclins à vouloir les trucider. Idée simple et me semble t-il encore vraie. Servas a alors développé un réseau d’hôtes dans différents pays du monde, prêts à ouvrir leurs portes aux voyageurs à condition qu’il y ait une volonté réciproque d’échange culturel. Pour cela, il n’est par exemple pas possible de rester moins de deux nuits chez un hôte Servas. Le voyageur, avant de partir, commandait un catalogue papier avec les hôtes de son pays de destination et leur brève description. Il pouvait donc ensuite les contacter pour solliciter un hébergement.
L’arrivée d’Internet et surtout ensuite celle du Web, a facilité ce genre d’échanges et multiplié les plateformes. Cela a également fait exploser le nombre d’utilisateurs de ces réseaux. L’esprit en a aussi été un peu modifié : les plateformes que je vais vous citer par la suite n’imposent par exemple pas d’échange culturel et donc de durée minimum de séjour. De même il n’y a pas de « sélection à l’entrée », ce qui laisse la place à beaucoup de personnes inactives qui font gonfler artificiellement le réseau.
Couchsurfing, né en 2004 aux États-Unis, était le plus connu et surtout le plus grand de ces réseaux. Toute métropole française avait plusieurs milliers d’inscrits. Malheureusement l’association Couchsurfing, transformée en entreprise en 2011, a tout perdu de son esprit initial. Une entreprise ne peut pas gérer une communauté basée sur l’entraide et le désintéressement ; je suis sincèrement surpris qu’un paradoxe aussi évident reste incompréhensible pour tant de monde. Bref, feu Couchsurfing fut une belle communauté à qui je dois énormément. Y compris mon actuel séjour chez Franchesca qui dure maintenant depuis… deux mois !
La succession est là depuis longtemps, elle s’appelle BeWelcome et elle s’appelle Trustroots. Les deux sont des organisations à but non lucratif (asso française pour la première, fondation britannique pour la seconde) qui développent et maintiennent des sites web et des communautés d’utilisateurs dans le monde, quoique malheureusement les utilisateurs soient peu nombreux hors Europe. Les voyageurs à vélo ont leur propre réseau, Warmshowers, sur lequel je n’ai pas encore de retour d’expérience.
Les utiliser est assez simple : on créé un profil en renseignant sa ville, son e-mail et si on veut diverses informations personnelles qui permettent de donner une accroche à un visiteur du profil (profession, hobbies, langues parlées, goûts, …). On spécifie également si on veut bien héberger des gens, et si oui on donne quelques détails sur les conditions d’hébergement (les transports pour venir, combien de personnes max on peut accueillir, pièce à part ou non, avec ou sans animaux, …). Une fois inscrit, on peut chercher les profils d’autres personnes : souvent pour passer quelques nuits comme voyageur, mais ça peut aussi être pour connaître de nouvelles personnes dans sa ville.
Le plus long reste d’apprendre à utiliser le réseau ! Pas toujours évident de demander un hébergement quand on ne connaît pas les codes. Mais rassurez-vous, vous avez des aides et en face de vous… des humains bienveillants qui ont débuté eux aussi.
Un aspect essentiel est de se faire à l’idée que c’est sans contrepartie : on est grands, responsables et libres. À titre personnel je trouve absolument génial de rencontrer des voyageurs qui viennent passer chez moi une ou plusieurs nuits, avec leur culture, leurs histoires de voyage, leurs connaissances et leur curiosité. Je suis heureux de m’improviser guide touristique ou cuisinier gastronomique (hum) tout en écoutant leur dernière expérience de voyage ou leurs musiciens favoris (encore mieux quand ils débarquent avec leur instrument !). Mais je le fais quand j’y suis disposé, sans aucune contrainte. Et si je ne le faisais pas, ça ne m’empêcherait pas d’être un invité qu’on peut apprécier recevoir
Car dans l’autre sens, je trouve génial d’avoir un accueil agréable et plein de tout ce savoir qu’un local a sur son lieu de vie. Mais aussi d’essayer de ne pas être qu’un consommateur et d’apporter ce que je peux à mon hôte. De même que je trouve salvatrice la simplicité de cette forme de voyage : si mon hôte a juste un bout de parquet pour mettre mon tapis de sol, c’est suffisant pour une nuit au chaud. S’il a un lit disponible, c’est la dose de confort qui adoucit la journée et s’apprécie véritablement.
En espérant que cet article vous aura inspiré. Pour moi ce qui est sûr c’est que cette idée toute simple de faire se rencontrer les peuples a, depuis douze ans, déterminé ma façon de voyager et eu une influence sur ma vie. Et je compte bien m’en servir encore longtemps, plutôt en tant qu’hôte après mon imminent retour. En plus, ça a bien marché : si un jour quelqu’un a besoin de moi pour aller trucider les dizaines et dizaines de personnes de par le monde avec qui j’ai eu de vrais échanges, il pourra à minima aller se faire cuire un œuf !