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Comme on fait son chemin on chemine
Encore un billet où je parle de ma personne au lieu de parler du pays. J’aurais tendance à dire… Certes, mais j’écris ce que je veux sur mon blog ;) Promis bientôt je vous en fais un sur la musique ! En attendant vous êtes avertis si vous voulez vous économiser une lecture.
C’est que j’arrive maintenant à la fin de mon voyage. Pourquoi la fin ? Deux raisons.
La première est que par les temps qui courent, il me paraît compliqué de voyager à ma sauce. Moi j’aime vagabonder avec insouciance et voir où ça me mène ; l’insouciance a mauvaise presse en ce moment, voire elle est durement répréhensible.
Je dis ça malgré un contre exemple : Wolfgang, dernière personne que j’ai hébergé via Trustroots (cf. le billet « réseaux d’hospitalité ») il y a plus d’un an, est actuellement au Brésil et continue à voyager sans soucis. Bon, les soucis c’est pas son quotidien : ça doit faire un an et demi qu’il a quitté l’Autriche en passant par Sainté, et il a réussi la petite prouesse d’atteindre le Maroc en bateau-stop depuis l’Espagne. Je ne sais pas comment il s’est débrouillé pour traverser l’Atlantique, mais ça a du être une jolie odyssée. Au moins aussi mémorable que le match des verts qu’on est allés voir à Geoffroy Guichard lorsqu’il est passé (J’espère qu’il y a des stéphanois qui me lisent, que je ne fasse pas cette prose pour rien).
Bref, je ne suis pas de cette trempe et la fin de mon visa chilien le 14 juin est mon signal de départ plutôt qu’une contrainte administrative à contourner par je ne sais quelle astuce de mochilero (mochila=sac-à-dos. Manque un mot français pour les voyageurs sac-à-dos).
La deuxième raison de rentrer est plus intéressante pour moi : j’ai trouvé ce que je veux faire pour la suite. Comme un ado qui a une illumination sur son avenir professionnel, à trente ans passés j’ai découvert à quoi je voulais consacrer mon temps. Je vous le donne direct parce que c’est pas un billet à suspens et que ça n’a pas un intérêt immense pour quiconque autre que moi : je veux trouver ma maison à la campagne avec un très grand terrain et apprendre un tas de choses pour mettre en œuvre des principes de permaculture, afin d’y vivre progressivement plus autonome et plus respectueux de la nature et des humains.
C’est surprenant comment viennent les choses : tout un ensemble de barrières qui semblent être là depuis toujours et qui, avec les rencontres et les apprentissages, cassent les unes après les autres, parfois sans qu’on s’en aperçoive (peut-être une preuve qu’elles ne nous font guère défaut). Et quand un ami met sans s’en douter le dernier coup de pied dans la dernière barrière, bim ! Tout est prêt pour faire son chemin.
Saut de barrière, allégorie chilienne
Plutôt que de vous parler de permaculture, de botanique ou d’élevage, sujets sur lesquels je serais encore bien incapable de produire quelque contenu, je voulais vous parler ici de quelques éléments déclencheurs de ce genre de changement. Qui peut-être peuvent vous donner des idées aussi ?
Pour moi, ça commence par un travail sur soi pour déceler et éliminer les obstacles purement psychiques : peurs, conditionnements extérieurs, difficultés à se connaître, conduites inappropriées, etc (je ne suis pas assez connaisseur pour vous faire une liste exacte ou exhaustive). Les éliminer est un grand mot et l’affaire de toute une vie sans doute. À mon petit niveau je dirais relativiser, avoir des méthodes pour en prendre conscience et prendre de la distance. Ça peut probablement se faire de plein de façons : psychothérapie, médecine chinoise, méditation, lire du Jacques Salomé, yoga, milles autres façons que sais-je ? Il y a même des orthophonistes qui peuvent aider pour cela ! Moi j’ai eu la chance de faire les bonnes rencontres pour pouvoir faire là-dedans le petit bout de chemin dont j’avais besoin.
Une fois cela fait, je ne dirais pas qu’il est nécessaire de claquer la porte d’un bon travail et de faire 12000 kilomètres pour passer six mois à se la couler douce mais… ça aide tout de même beaucoup ! Enfin, moi c’est ce que ça m’a pris.
J’ai fait un cursus dans une école d’ingénieurs fondée par des jésuites (l’ICAM pour ceux qui se demanderaient). Ce qu’il y a eu d’intéressant dans ce cursus, c’était l’expériment. Basé sur une pratique de la formation jésuite, c’est un temps en fin de troisième année pour faire quoi que ce soit qui nous tienne à coeur avec juste quelques conditions :
- quatre mois
- loin de ses attaches
- seul
- autofinancé
- ne pas faire un travail en lien avec la formation d’ingénieur
À l’époque je suis parti découvrir l’Asie Centrale, et en fait j’ai surtout découvert un tas de choses sur la vie. Celles que je pouvais comprendre à cette époque, et quelques-unes que j’ai compris un peu plus tard.
Eh bien dix ans plus tard, les choses sont toujours un peu les mêmes. Larguer les amarres pour un long voyage, c’est se détacher des automatismes du quotidien, c’est s’offrir du temps, s’offrir des rencontres et des perspectives nouvelles. Un sacré cadeau ! Je ne sais pas bien si la distance importe, peut-être symboliquement ? Quand à la destination, ça n’a pas été mon critère premier mais ça peut avoir quelque intérêt de la choisir :)
Et quand tout ce chemin, qui prend du temps et nécessite d’être un minimum résolu, quand tout ce chemin enfonce les dernières barrières qui restaient entre soi et ses souhaits profonds, wouhaou !
Pour moi les toutes dernières barrières étaient de penser que l’autonomie signifiait un grand saut dans le vide sans retour en lâchant son boulot, et que cultiver un jardin était un bras de fer répétitif et peu stimulant intellectuellement contre la Nature. Eh bien non et non, il y a mieux à faire, et je vais m’y essayer, pour le plaisir d’essayer plutôt que par goût du résultat.
Je vous laisse sur un article de mon icône, Benjamin Bayart, article qui a pavé mon chemin. Benjamin Bayart a longtemps été le président de FDN, fournisseur d’accès à Internet associatif, qui connecte les gens entre eux en le faisant bien, parce qu’ils estiment que c’est crucial que les citoyens aient du pouvoir sur les télécommunications. Alors quand il écrit un article sur l’utilité du faire, comme à son habitude il sait de quoi il parle et il en parle extrêmement bien.
En le lisant, je me suis dit « Trop bien ! Et moi, qu’est ce que je vais faire ? ». Six semaines plus tard, grâce à tout le cheminement évoqué plus haut, j’ai reçu la solution.
Et si ce n’est pas la bonne solution à terme, eh bien je n’aurai qu’à attendre la prochaine ! Parfois, c’est pas plus compliqué que ça. Si vous avez eu de tels cheminements, vivement mon retour, je serais curieux d’en discuter. J’apporterai les bières !